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Actrice de second plan

« Le monde entier est un théâtre. Et tous les hommes et les femmes n'en sont que les acteurs et notre vie durant nous jouons plusieur rôles. »
(William Shakespeare)

Actrice de second plan ou figurante, ce sont mes rôles préférés. Je suis là pour soutenir, pour faire en sorte que la pièce fonctionne, pour mettre en valeur les premiers rôles. Tout cela sans que l'on me remarque. Je ne suis qu'une figurante parmi les autres.

C'est tellement simple de me fondre dans la masse, de m'adapter à ceux et celles qui m'entourent. C'est aussi épuisant !


A force de jouer les rôles de second plan, il m'arrive d'oublier que je peux être le premier rôle. Etant la créatrice de ma propre vie et donc de ma propre pièce de théâtre, il m'arrive trop souvent de mal distribuer les rôles. Je donne le script du premier rôle aux autres et je me cantonne dans un rôle de figurante. Elle vient de là la frustration : je ne joue pas la bonne partition, je ne suis pas à la bonne place. Je m'efface alors que je devrais m'affirmer. Je ferme ma geule alors que je devrais m'exprimer.


Il y a derrière tout cela un grand nombre de peurs. Si j'observe en profondeur, je constate que la peur dont découle toutes les autres est celle d'exister, celle d'Être. Elle est encore bien ancrée en moi cette croyance que je n'ai pas le droit d'exister. J'ai le droit d'exister si j'aide les autres. Dans ce cas, toute mon existence est justifiée. Si je ne suis pas capable de cela (ce qui arrive souvent), alors je n'ai pas le droit d'être là. Je m'efface, je disparais. Je laisse à l'autre le devant de la scène car il y a certainement quelqu'un de mieux que moi pour ce rôle. J'aide les autres donc j'existe. Or, cela devrait être : J'existe donc je peux aider.


C'est épuisant de m'effacer, de faire comme si je n'existais pas. C'est comme une petite mort. Pourtant, la pulsion de vie est bel et bien là. A force d'être étouffée, elle rejaillit de manière complètement inadéquate et disproportionnée. Cela amène de la rancoeur, de la frustration, de la colère, de la tristesse, de la jalousie, de la violence et bien souvent des ruptures irréversibles et de la solitude. Et comme, bien sûr, je n'accepte pas toutes ces « choses pas chouettes ». Je me culpabilise, je me flagelle, je me punis. Et comment je me punis ? En me disant que je ne suis pas digne d'exister. Et donc en m'effaçant. Voilà, la boucle est bouclée.


En disparaissant, c'est aussi toutes « les belles choses » que je fais mourir. En essayant de fuir l'ombre, je m'y enfonce de plus en plus. Je reste planquée en coulisses en espérant que le rideau se lève un jour tout en ayant une trouille monstre que les gens me voient en pleine lumière. Car dans ce cas, il n'est plus possible de se cacher, tout est visible « le bon » comme « le mauvais ».






Cela signifie aussi accepter de sortir de la non-vie pour aller vers la Vie. Oui, mais exister pourquoi ? Pour rien, juste exister parce que c'est la seule mission de vie que j'ai. Celle d'être là, vraiment là et pas dans un ailleurs, dans un « no man's land ». Celle de ressentir la Vie qui me traverse.


Il ne s'agit pas de m'imposer, d'écraser, de prendre toute la place. Non, c'est juste arriver à être présente dans un groupe, à oser m'affirmer, à me sentir capable de jouer le premier rôle. Car oui, j'en suis capable. Il est important de faire preuve d'humilité et de ne pas occuper cette place si cela n'est pas juste. Il est important aussi de faire preuve d'affirmation et d'oser dire, je suis capable, j'ai les compétences, je connais le texte, je sens que c'est juste pour moi d'être à cette place. J'ose prendre le lead et donner le ton de la pièce. Ne plus attendre que le premier rôle se tourne vers moi, me remarque et me donne la réplique. C'est assumer pleinement qui je suis. Toutes les parts qui me composent qu'elles soient « belles » ou « moches ». C'est arrêter de m'humilier et me punir sans arrêt parce que je vis. Si je suis ici, c'est bien que j'ai, comme tout le monde, le droit de vivre et d'exister, non ?


J'apprends lentement. Je me prends encore souvent de belles claques. Souvent, le schéma est déjà installé avant que j'en prenne vraiment conscience. Mais, maintenant, je suis capable de le voir, de l'observer. De dire « ok, là tu es encore en train de t'effacer. Qu'est ce que cela vient toucher ? » C'est déjà un grand pas en avant.


Quand on a passé la majeure partie de sa vie à ne pas vivre, le chemin vers la Vie est long et souvent difficile. Il faut tout réapprendre : apprendre à respirer, apprendre à parler, apprendre à bouger, apprendre à s'aimer, apprendre à vivre avec les autres, apprendre à accepter les échecs, les déceptions, apprendre à profiter des petits bonheurs, apprendre à accepter tout ce qui fait que nous sommes en Vie.



Aline Lourtie

21/03/2024

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