Les étiquettes qui nous collent à la peau
- artisameessence
- 8 févr.
- 5 min de lecture
Après plusieurs tests neuro-psy, le verdict est tombé: je suis une personne haut-potentiel (HP) et hypersensible. BAM ! Deux étiquettes pour le prix d'une. En plus, deux étiquettes « à la mode ». Souvent, quand on parle de HP et d'hypersensibilité, les gens lèvent les yeux aux ciel comme pour dire « encore une ». C'est devenu presque banal.
Ici, je ne vais pas entrer dans les détails de ce qu'est le HP ou l'hypersensibilité (cela viendra peut-être plus tard). J'ai plutôt envie de vous parler de ces fameuses étiquettes qui nous collent à la peau et vous expliquer pourquoi j'ai entamé un bilan neuro-psy.

Aussi loin que je me souvienne, je me suis toujours sentie différente, un peu à part. Le malaise s'est accentué ces dernières années. J'ai fait de nombreuses thérapies pour essayer de comprendre d'où venait ce sentiment, pourquoi je me sentais angoissée, pourquoi les autres me faisaient si peur et pourquoi il m'était si difficile de nouer des relations (amicales ou amoureuses) durables. Pour les gens autour de moi, cela semblait tellement facile. J'ai essayé de les copier. Cela n'a jamais fonctionné. J'ai juste cumulé les sentiments d'échec.
En travaillant au sein du Domaine des ColibrYs, je suis amenée à côtoyer des enfants autistes. Je les observe, je les écoute, je les vois évoluer, ... Ces enfants m'intriguent. J'ai envie d'en savoir davantage, d'apprendre pour mieux les comprendre. Je commence à lire sur le sujet de l'autisme d'abord. Puis j'élargis mes lectures aux troubles neuro-atypiques. En lisant, je me retrouve souvent dans les descriptions. C'est comme si l'auteur décrivait exactement le malaise et les difficultés que je vis depuis si longtemps. Je nie dans un premier temps en me disant que beaucoup de gens doivent ressentir cela. Les « symptômes » décrits sont souvent généraux et beaucoup d'autres choses peuvent les expliquer. Mais... quand même...je doute.
Par hasard... en faisant mes recherches, je tombe sur un centre psy près de chez moi qui propose de faire un « bilan de détection de troubles neuro-atypiques ». Je décide de prendre rendez-vous. J'ai besoin d'avoir des réponses et peut-être pouvoir trouver un suivi adapté qui m'aidera à soulager mon malaise. Et puis, si je me trompe... ben... tant pis... Peut-être que ce bilan fera émerger d'autres pistes à explorer. Je n'attends pas de résultats quelconques, je souhaite juste mieux me comprendre.
Un premier rendez-vous est fixé, un second, un troisième, un quatrième pour le test QI et finalement les résultats. Je suis nerveuse lors de ce dernier rendez-vous. Je ne redoute pas le résultat, je redoute qu'il n'y ai aucun résultat. J'ai peur d'avoir fait fausse route, d'avoir cru quelque chose de faux et d'avoir fait tout cela pour rien. J'ai peur que la psy me dise que je suis « normale ». Etrange, comme réaction... Pourtant, si je suis « normale » comment expliquer mon malaise ? Ce sera retour à la case départ, sans autre piste à explorer et juste le sentiment d'être vraiment nulle et d'avoir perdu mon temps.
L'annonce est tout autre : HP et hypersensibilité. Je suis à la fois sonnée, soulagée et mon ego est content. Cela me fait plaisir de m'entendre dire que j'ai un QI supérieur à la moyenne. Tout de suite, je me sens moins nulle, presque investie d'un super pouvoir et prête à faire un millions de choses incroyables. Et surtout, j'ai enfin pu mettre des mots sur ce que je ressens au fond de moi depuis si longtemps. Je me sens libérée d'un poids énorme et tout me semble possible. Cela me fait tellement de bien. J'ai envie de le crier à la terre entière et en même temps, j'ai envie de garder cela pour moi.

Quelques semaines plus tard, je déchante. La chute libre... Je n'ai pas de super pouvoir, je ne suis pas plus intelligente, je ne suis pas plus capable, je ne suis pas mieux, le malaise est toujours là. Bref, je me sens à nouveau complètement nulle. Peut-être encore plus qu'avant. Cette étiquette HP me met une pression supplémentaire. Si je suis HP, je dois être capable d'accomplir beaucoup de choses, de réussir, d'être plus efficace. HP ne signifie plus « Haut-Potentiel » mais « Hyper-Performance » ou « Hyper-Perfectionniste ». Je me mets deux fois plus de pression comme si j'avais deux fois plus de choses à prouver. Je finis par douter des résultats du test. Tous les livres sur le sujet disent qu'il faut un QI de 130 pour être considéré comme HP. Or, je suis un peu en dessous. Il doit y avoir une erreur ou un autre trouble. Tout devient confus.
J'entame une nouvelle démarche auprès d'une neuro-psy cette fois-ci. Pas de test de QI mais d'autre tests plus poussés, pour aller dans les détails. Le HP est confirmé. Bien qu'il y ai des faiblesses dans certains aptitudes, l'ensemble des résultats sont forts voire supérieurs à la moyenne. Je ne rayonne pas en apprenant cette nouvelle. Mon ego ne s'emballe pas. Je ne me sens pas investie d'un super-pouvoir. Au contraire, je me sens démunie. Qu'est ce que je fais avec ça ? La réponse de la neuro-psy : « prenez le temps d'intégrer, d'accepter et ensuite apprenez à mieux vous connaitre. Lisez sur le sujet et faites-vous accompagner pour mettre des stratégies en place qui vous aideront au quotidien. » Sur le moment, cela ne m'aide pas. La boule au ventre est toujours là.
Aujourd'hui, je commence à comprendre que ces tests n'étaient qu'un début. Il n'étaient pas la solution. Ils étaient là pour mettre en lumière, pour mettre des mots, pour me faire prendre conscience d'un fonctionnement différent. Je dois composer avec les caractéristiques du HP et de l'hypersensibilité. Il ne s'agit plus de les nier, de les masquer, de lutter contre mais d'aller avec. Apprendre à mieux me connaitre, à mieux m'écouter, me respecter, savoir mes limites et aussi découvrir tout ce que ce fonctionnement atypique a de merveilleux et en tirer des enseignements qui m'aideront à grandir et à m'épanouir. Mettre cette hypersensibilité et ce potentiel au service d'Artis'Âme, des ColibrYs et des projets qui me tiennent à coeur. En faire une force. C'était bien là tout le but de ma démarche : mieux me connaitre pour trouver les solutions adéquates. Me voilà au début de ce chemin d'apprentissage. Y a plus qu'à....
Ce ne sont pas les étiquettes le problème. Ce ne sont pas elles qui pèsent mais bien tout ce que nous mettons derrière : les peurs, les jugements, les croyances, les attentes. Des étiquettes qui me collent à la peau, j'en ai plein. Elles sont un éclairage sur comment je fonctionne et pas sur qui je suis. Elles ne me définissent pas. Elles m'aident juste à mieux me connaitre.
Alors faut-il oui ou non coller des étiquettes ? Oui, si celles-ci apportent quelque chose de constructif, qu'elles ouvrent. Non, si elles sont synonymes de jugement de peur, de croyances, de fausses idées, de limites et qu'elles enferment. Nos étiquettes font partie de nous, il est important de les reconnaitre et de les accepter et peut-être de les laisser s'envoler.
Aline Lourtie
08/02/2026



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